Article 6 : Aventures et histoires balkaniques en auto-stop (2026)

    Après avoir parcouru l’Europe centrale durant les deux premières semaines de ce voyage, j’ai entamé ma découverte des Balkans en arrivant en Serbie. Je suis resté quelques jours à Novi Sad, ville située dans le nord du pays, pour m’accorder une petite pause après deux semaines de route. Cette halte de trois jours m’a permis de visiter la ville, mais surtout de reprendre des forces avant de poursuivre l’aventure vers la Bosnie-Herzégovine.
 
Mes premiers pas sur les routes des Balkans

  Passionné par la région des Balkans, par sa culture et son histoire, je me suis rendu au mémorial de Srebrenica, en Bosnie-Herzégovine, lieu tragique de l’histoire européenne contemporaine. En juillet 1995, 8372 Bosniaques musulmans furent massacrés à Srebrenica lors d'un génocide reconnu par la justice internationale. Ce génocide s’est déroulé alors même que l'enclave avait été déclarée « zone de sécurité » par l'ONU et était censée offrir une protection aux populations civiles. Les forces serbes de Bosnie, commandées par Ratko Mladić, ont alors commis ce génocide, le dernier en date en Europe.
 
Graffiti comme critique de l'inaction de l'ONU à Srebrenica
 
    Il faut savoir que la Bosnie-Herzégovine est aujourd'hui organisée en plusieurs entités administratives. Les deux principales sont la Fédération de Bosnie-Herzégovine, peuplée majoritairement de Bosniaques musulmans et de Croates catholiques, et la République serbe de Bosnie (Republika Srpska), majoritairement peuplée de Serbes orthodoxes et politiquement très proche de la Serbie. Après ma visite du mémorial de Srebrenica, j'ai poursuivi ma route jusqu'à Sarajevo en traversant le territoire de la République serbe de Bosnie. Au fil des kilomètres, j'ai eu l'occasion d'échanger avec de nombreux habitants. Ces discussions m'ont permis de découvrir des récits et des compréhensions très différents des événements historiques qui ont marqué la guerre de Bosnie. Plusieurs personnes remettaient notamment en question la qualification de génocide concernant Srebrenica, une position encore répandue dans une partie de la société serbe et qui contraste avec les décisions de la justice internationale. Les échanges ont été particulièrement enrichissants pour comprendre la complexité des mémoires historiques, ainsi que les enjeux politiques et identitaires qui continuent d'influencer les Balkans aujourd'hui.  

    Puis, je suis arrivé à Sarajevo. Pour la troisième fois en deux ans, je retrouvais cette ville, difficile à décrire en seulement quelques phrases. On dit souvent qu'il est impossible de comprendre l'âme des Balkans sans avoir découvert Sarajevo. Marquée par plusieurs siècles d'histoire, elle est un véritable carrefour culturel, religieux et architectural. Entre ses rues animées, ses cafés traditionnels et ses nombreux vestiges historiques, j'ai pris le temps d'y rester trois jours afin de profiter de cette ambiance unique.

Vue panoramique sur Sarajevo 

 

Rue sur les hauteurs de Sarajevo 

    Le 20 mai, j’ai quitté Sarajevo en direction du sud de la Bosnie-Herzégovine. J'ai pu alors contempler une nature encore très préservée, entre montagnes, vallées isolées et lacs naturels. Au fil du parcours, j’ai trouvé de nombreux endroits propices à la randonnée et au bivouac, dans ce pays souvent considéré comme l’un des plus sauvages d’Europe. Un réel plaisir pour les yeux !

Campement au bord du lac de Bileća
 
    Après avoir traversé la charmante ville de Trebinje, située à l’extrême sud du pays, j’ai rapidement rejoint le Monténégro et la célèbre et touristique baie de Kotor. Le mot « Balkans » trouve son origine dans le turc et signifie « montagne », et qui dit montagne dit aventure. J’ai donc profité de mon passage dans ce petit pays pour faire une randonnée, mal balisée, mais offrant de nombreux points de vue sur la baie. Pour l’anecdote, j’ai d’ailleurs croisé plus de serpents que de randonneurs. Effrayant au début, mais on finit par s’y habituer.
 
Vue panoramique sur la baie de Kotor

    Quelques jours plus tard, j’ai poursuivi l’aventure à travers le Monténégro puis le nord de l’Albanie, avant d’arriver finalement au Kosovo. Sur la route, j’ai partagé des moments aussi bien avec des habitants qu’avec d’autres voyageurs. Chaque rencontre, chaque récit est unique, et j’apprends énormément sur leurs quotidiens, leurs parcours de vie, leurs échecs, leurs réussites et leurs rêves. L’auto-stop est une pratique simple, mais d’une richesse humaine inépuisable. 

Seflie avec des voyageurs australiens

Selfie avec un kosovar très sympathique

    Je suis ensuite resté quatre jours au Kosovo, où j’ai visité Prizren, souvent considérée comme la plus belle ville du pays, ainsi que Pristina, la capitale. J’y ai retrouvé une immense générosité, je ne saurais compter le nombre de cafés que l’on m’a offerts. Beaucoup de personnes m’ont parlé de la guerre qui a opposé les forces serbes à l'Armée de libération du Kosovo (UÇK) entre 1998 et 1999. Le Kosovo a proclamé son indépendance en 2008 et est aujourd’hui reconnu par une majorité d’États membres de l’Organisation des Nations unies, mais pas par la Serbie. Quelques jours plus tôt, alors que je me trouvais en Serbie, certaines personnes m’ont expliqué que le Kosovo n’était pas un État indépendant et que ce territoire appartenait à la Serbie. Une fois encore, il existe une grande divergence des récits historiques et politiques dans cette région.

Bibliothèque nationale du Kosovo à Pristina

Partie historique de la ville de Prizren (Quartier Ottoman)

    Puis, j’ai choisi de m’éloigner des itinéraires touristiques en faisant halte à Shtimë, une petite ville au centre du Kosovo. Alors que je passais la nuit sous ma tente, plusieurs chiens errants ont fini par m’encercler en aboyant pendant plusieurs minutes. La présence de chiens errants est particulièrement importante dans la région, et notamment des chiens de race Kangal, qui impressionnent par leur taille et leur puissance. Une expérience un peu effrayante en pleine nuit, mais à laquelle je commence à m’habituer. Après tout, ce sont les petits inconforts du voyage : bivouacs sauvages, douche tous les trois ou quatre jours, repas sautés. Cela fait partie du jeu, et j’aime jouer !

    Fin mai, je suis arrivé en Macédoine, et plus particulièrement dans la capitale, Skopje. J’ai rendu visite à un ami macédonien, Jane, ainsi qu’à sa famille. Je suis resté 4 jours sur place, le temps de visiter la ville, de faire de la randonnée, assister à une messe orthodoxe ou encore profiter de la cuisine locale. J’ai reçu une immense hospitalité que je n'oublierai jamais, et j'ai également pu me reposer avant la suite de l’aventure. Merci !

Monument Makedonium à Kruševo (Macédoine)

Selfie avec la famille de mon ami Jane

  J’ai finalement achevé cette dernière étape à travers les Balkans, en Bulgarie. En arrivant dans le pays, je me suis rendu au monastère de Rila. Fondé au Xe siècle, il a joué un rôle essentiel dans la conservation de la religion orthodoxe, de la langue et de la culture bulgares. Isolé dans les montagnes, ce lieu est aujourd’hui considéré comme un symbole de la résistance culturelle et de la continuité de l’identité nationale bulgare.
 
Monastère de Rila

Fresques du monastère de Rila 

    Pour finir, je souhaitais visiter la fameuse ville de Plovdiv, connue pour être la plus ancienne ville d'Europe habitée sans interruption, successivement par les Thraces, les Macédoniens, les Romains, les Byzantins, les Ottomans et les Bulgares. J’ai eu la chance d’être hébergé pendant deux jours chez Kat’, une Bulgare de 38 ans très sympathique, et son fils de quatre ans avec qui j’ai pu jouer. Une très belle rencontre qui me laisse une impression très positive de mon passage en Bulgarie. Enfin, impossible de quitter la Bulgarie sans avoir entendu des dizaines de fois : "Bangaranga", le tube de l’artiste bulgare Dara, diffusé dans presque toutes les voitures suite à sa victoire à l'Eurovision 2026.
  
Surperposition des couches historiques dans l'urbanisme de Plovdiv

     Au terme de cette traversée des Balkans, j’ai découvert une région historiquement et politiquement complexe, où « les histoires » et les récits variés sont parfois encore source de tensions. Malgré cela, j’ai été accueilli avec une grande bienveillance partout où je suis passé, et je garde une très belle impression de cette magnifique région. J'ai également retrouvé le même sens de la famille et de la générosité, mais aussi des traditions culinaires et des langues très similaires, qui témoignent d'une identité commune Balkanique.
 
Après cette superbe expérience, je me dirige maintenant vers la Turquie. 
 
 
 
Tristan DUFOURT
 
09/06/2026