Article 7 : À la rencontre des merveilles turques (2026)

    L’aventure est déjà bien entamée : 13 pays traversés, 110 conducteurs et conductrices, plus de 4 000 kilomètres parcourus et cinq semaines de voyage à travers l’Europe. Profondément satisfait et très reconnaissant de cette grande première étape européenne, je peux désormais regarder dans le rétroviseur tout le chemin parcouru, qui me conduit aujourd’hui aux portes de l’Anatolie, cette vaste région historique de l’actuelle Turquie.

    Vue depuis le retroviseur d'une voiture turque au bord d'un lac de sel
  
    Pur hasard, mais tout de même très symbolique, je quitte le continent européen en traversant la frontière bulgaro-turque à pied. Dès les premières minutes en Turquie, je suis séduit par une générosité incalculable. Je traverse la ville d'Edirne, puis je rejoins l'un des passages emblématiques de ce voyage : Istanbul. 
 
Super rencontre à Edirne
 
    Un ami d’enfance, Matis, me rejoint et nous profitons pleinement de ce joyau qu’est Istanbul. Que dire de cette ville qui « ne dort jamais » ? Avec ses près de 16 millions d’habitants, son histoire dont je ne connais sans doute pas le dixième et, surtout, son ambiance indescriptible, Istanbul est fascinante. Le détroit du Bosphore et son eau turquoise sépare la ville en deux, entre le continent européen et le continent asiatique. Pendant ces quatre jours, nous avons visité, exploré et fait de très belles rencontres. Certains instants resteront inoubliables pour tous les deux.

Vue sur la mosquée bleue d'Istanbul (coté européen)

Traversée du Bosphore

Visite de la grande mosquée Çamlıca avec Matis

    Cette aventure est avant tout une quête de rencontres et de liens humains, bien plus que de visites ou de paysages. Sans l’aide des nombreux camionneurs turcs, qui m’ont si facilement pris en auto-stop, je ne serais jamais arrivé, ce vendredi 12 juin 2026, à Dokurcun, un petit village du nord de la Turquie, sur la route qui relie Sakarya à Mudurnu (pour les plus curieux de géographie). J'ai été accueilli par une famille qui m’a fait découvrir le concept de l'hospitalité en Turquie. Des moments de partages gravés à jamais dans ma mémoire, mais aussi une véritable découverte de la cuisine turque. Menemen, manti, börek au menu, ainsi que le traditionnel çay (thé) à foison. Merci pour ces délices. Merci pour ces instants précieux.

Visionnage du match de football Turquie - Australie (coupe du monde 2026) dans le café du village


Famille d'acceuil à Dokurcun

Petit déjeuner traditionnel turc

    Quelques jours plus tard, je suis arrivé en soirée dans la capitale turque, Ankara. Je suis resté deux jours dans cette ville, car j'ai retrouvé un ami, Iso, rencontré en Erasmus (programme d'études à l'étranger) quelques années plus tôt. J’ai été hébergé chez sa famille, très chaleureuse et accueillante, et j’ai eu la chance de visiter la ville avec mon ami, un vrai local, avant de tendre à nouveau le pouce sur la route, direction la région de la Cappadoce.
 
Retrouvailles avec mon ami Iso
  
Reprise de l'auto-stop à la sortie d'Ankara

Conducteur très sympathique

    Puis je suis arrivé à Göreme, en Cappadoce. De toute ma vie, j'ai rarement vu une telle merveille. Les cheminées de roche en granite, formées par des éruptions volcaniques survenues entre 9 et 13,5 millions d'années, offrent aujourd'hui un paysage unique au monde. J’ai eu la chance de camper deux jours sur ce site et donc de profiter de couchers et de levers de soleil juste magiques. Je suis actuellement très reconnaissant de la chance d’être arrivé jusqu’ici, qui plus est en auto-stop : l’émotion est alors encore plus forte.
 
Vue sur les paysages de Cappadoce
  
Camping en Cappadoce
 
Vue en Cappadoce au lever du soleil

     Par la suite, deux choix s’offraient à moi : rejoindre le nord de la Turquie et longer les rives de la mer Noire, ou poursuivre ma route vers le sud-est du pays. Cette seconde option, bien moins touristique et plus méconnue, m’attirait davantage. J’ai alors suivi mon intuition, et je crois aujourd’hui avoir eu raison de m’écouter. Après avoir traversé la ville de Malatya en reconstruction, touchée par un tremblement de terre tragique il y a trois ans, je suis arrivé à Diyarbakır le 20 juin. Diyarbakır, située dans la région historique de la Mésopotamie et traversée par le fameux fleuve Tigre, est une ville majoritairement peuplée par des kurdes. Le centre historique, Sur, entouré par des remparts, est constamment animé par de la musique, des chants traditionnels et une odeur merveilleuse de cuisine locale. L'atmosphère de cette ville est très différente de ce que j’ai pu ressentir les jours précédents en Turquie, et je deviens rapidement passionné par cette effervescence en continu.
 
 
Visite du Han de Diyarbakir (héritage ottoman)
 
Vente d'épices à Diyarbakir

Marchand d'abricots secs à Diyarbakir

    Ici, j’apprends énormément d’éléments de la culture kurde, notamment sur le chant traditionnel dengbêj, né de la nécessité de préserver l'histoire et la mémoire du peuple kurde, ou encore sur l’artiste incontournable Ciwan Haco. Je fais également un nombre incalculable de rencontres dans les rues. À Diyarbakır particulièrement, le çay (thé) est un réel instrument de sociabilisation. Il est simple et quotidien de passer 5, 10 minutes ou même 1 ou 2 heures à discuter sur une terrasse improvisée en bord de rue avec des inconnus (principalement des hommes) autour d’un, deux ou huit çays (thés). Je crois que les chaises vides n'ont pas leur place ici : elles attendent simplement leur prochain invité. Quel bel exemple de sociabilité !

Belle rencontre à Diyarbakir

çay (thé)
     
À la sortie de Diyarbakır, j’ai repris la route vers le nord du pays. À noter qu'en me lançant dans cette aventure, j’ai fait le choix de ne pas acheter de carte SIM à l’étranger, pour ne pas dépendre d’internet sur mon téléphone. Je préfère demander de vive voix à des inconnus des conseils pour la route, les cafés ou encore les toilettes, et ainsi favoriser les interactions sociales. En me rapprochant d'un café, au bord d'une route où l'on m'a déposé, je souhaite faire une petite pause çay (thé) et en profiter pour demander quelques conseils pour la suite de ma route (direction, temps de route jusqu'à la prochaine étape...). Une fois installé, je rencontre un par un tous les hommes de ce café, situé dans la petite ville de Lice. J'ai finalement été invité à passer la soirée, puis la nuit, dans ce lieu unique. À grande majorité kurde, cette petite ville possède une âme et une histoire saisissantes, et les personnes avec qui j’ai pu échanger ont su me les partager correctement. Merci aux petits comme aux grands pour cet accueil inconditionnel. Je porte désormais Lice dans mon cœur. 
 
Lac naturel proche de Lice

Belle rencontre à Lice

Panneau d'entrée de la ville de Lice (dans les langues Turque, Zaza et Kurde)

Plat traditionnel : Lahmacun

    Puis, me dirigeant vers le nord du pays dans l'idée de rejoindre la Géorgie assez rapidement, j'ai fait une halte dans la ville de Kars. Là-bas, j'ai retrouvé un autre ami, Ahmet, également rencontré lors de mon année en Erasmus il y a 3 ans. J'ai eu la chance de rencontrer ses amis avec qui nous avons passé une belle soirée. À partir de cette ville, je ressens que je me rapproche du Caucase, notamment à travers les paysages valonnés et le climat bien plus tempéré que dans le sud de la Turquie. 

Retrouvailles avec mon ami Ahmet

Vendeur de fruits en bord de route
     
    Finalement, j’ai achevé cette épopée turque à travers le nord-est du pays, en faisant un premier arrêt dans la ville escarpée d’Artvin, où j’ai été accueilli dans une auberge nichée au sommet d'une montagne. Une fois de plus, de magnifiques rencontres et de belles découvertes culinaires, notamment le kuymak, un délicieux plat traditionnel dégusté au petit-déjeuner. Enfin, la ville de Hopa, au bord de la mer Noire, a marqué la toute dernière étape de ces trois semaines exceptionnelles passées en Turquie. Pendant deux jours de pure contemplation, j’ai profité du calme de la mer pour commencer la rédaction de cet article, mais aussi pour préparer la présentation consacrée à cette étape turque dans le cadre du projet éducatif. A chaque nouvelle étape de mon voyage, j’anime une visioconférence avec les classes des écoles françaises partenaires du projet, où je partage quelques chiffres clés de l’aventure : le nombre de kilomètres parcourus, le nombre de conducteurs et de conductrices rencontrés ainsi que le nombre de pays traversés. Puis je présente les visites réalisées, les rencontres marquantes et différents sujets géographiques et historiques liés aux régions et pays que j'ai pu visiter.
 
    Partager cette aventure à travers les réseaux sociaux, ce blog ou encore avec les écoles françaises est une manière de transmettre ce que je vis, ce que je vois au quotidien. Je ressens le besoin de raconter cette expérience, faite de rencontres, d'observations et de beaucoup d’émotions. Il me semblerait presque égoïste de garder tout cela pour moi, tant cette aventure est rendue possible uniquement par la générosité, l’entraide et le partage des personnes croisées en chemin. D’humains à humains, je ne suis qu'un transmetteur, rien de plus, et j’essaie de faire vivre ces instants pour témoigner de la beauté de cette route de l'humanité. 

Mon arrivée à Hopa au bord de la mer Noire (instant de contemplation)

Camping à Hopa dans un parc public

    Émerveillé par chaque journée de mon passage en Turquie, je n’oublierai jamais la générosité de ses habitants, leur sens incroyable de la sociabilité et leur art de la cuisine. Au-delà des splendides villes que j'ai pu visiter ou des paysages merveilleux que j'ai pu contempler, ce sont avant tout les rencontres faites ici qui me marquent profondément. Une reconnaissance éternelle à mes deuxièmes maisons : Dokurcun et Lice.

Après deux mois d'aventure depuis mon départ en France, j’entre aujourd'hui dans la région du Caucase.  

 

Tristan DUFOURT

03/07/26