Article 8 : Accueil en terres caucasiennes (2026)

    Après cette formidable expérience en Turquie, faite de rencontres inoubliables, de paysages grandioses et de belles découvertes culinaires, j'aborde la suite de cette aventure dans le Caucase avec une grande motivation. Le Caucase, cette région montagneuse située entre la mer Noire et la mer Caspienne, qui regroupe la Géorgie, l'Arménie, l'Azerbaïdjan et le sud de la Russie, m'a toujours attiré. À l'image des Balkans en Europe, c'est une région de grands carrefours, avec une identité forte basée autour de ses montagnes et une histoire récente particulièrement mouvementée. 
 
Fin juin, je suis arrivé à Batumi. Au bord de la mer Noire, il s'agit de la deuxième ville la plus importante de la Géorgie. Là-bas, j’ai rejoint un ami de longue date qui m’a hébergé pendant plusieurs jours. J’ai eu la chance de découvrir sa région, l'Adjarie, encore très préservée. J’ai été surpris par la densité de la végétation, des forêts encore très sauvages et des paysages montagneux à couper le souffle. Ici, la nature a véritablement sa place. J’ai reçu un accueil inconditionnel et j’ai également pu goûter la cuisine locale juste délicieuse (adjaruli khachapuri, khinkali...).
 
Vue sur les hauteurs de Batumi
 
Spécialités Géorgiennes (khinkali, adjaruli khachapuri)
 
Paysage de la région Adjarie
   
    J'ai ensuite poursuivi l'auto-stop jusqu'à Tbilissi, la capitale du pays. J'ai beaucoup apprécié me promener dans cette ville, qui s'apparente à une ville européenne en termes d'ambiances. Impossible de louper ici la Mère de Géorgie. Haute de 20 mètres, c'est une statue qui domine la ville depuis la colline de Sololaki. Vêtue du costume traditionnel géorgien, la Mère de Géorgie tient une coupe de vin dans la main gauche pour accueillir les amis et une épée dans la main droite pour repousser les ennemis. Elle est ici un symbole fort : la Géorgie ouvre grand ses portes à ceux qui viennent avec de bonnes intentions, mais sait aussi se défendre face à ceux qui la menacent. Vous avez le choix.

Statue de la Mère de Géorgie

Vue panoramique sur Tbilissi

Camping sauvage dans un parc à Tbilissi

Monastère à Tbilissi

    Par ailleurs, je dois vous faire part d'un constat. Depuis quasiment le début de cette aventure, certaines personnes que je rencontre dans un pays, me mettent en garde contre le pays suivant. Par exemple, lorsque j'étais en Bulgarie, on m'a répété plusieurs fois : « Tu devrais te méfier de la Turquie, sois plus attentif aux gens. » Pourtant, mes trois semaines en Turquie ne m'ont posé aucun problème. Bien au contraire. Puis, quelques jours avant de rentrer en Géorgie, plusieurs Turcs me disaient : « Attention, la Géorgie, c'est dangereux. » Là encore, j'ai reçu un très bel accueil et je n'ai aperçu aucune once de danger. Puis, à la frontière entre la Géorgie et l’Arménie, deux ou trois conducteurs m’ont répété : « Lorsque tu entres en Arménie, fais davantage attention à toi. » Vous avez compris la logique. Je suis arrivé le 6 juillet en Arménie, par le nord du pays, et, une fois encore, je n'ai pas eu à faire face au danger, mais j'ai eu la chance de rencontrer un pasteur qui m'a accueilli pendant deux jours dans sa paroisse. Une belle opportunité pour échanger avec de nombreuses personnes d'une grande gentillesse, riches de leur savoir et de leurs expériences.
 
    Je suis tout de même conscient que je ne suis que de passage et que ce statut de voyageur, même en auto-stop, représente une réalité différente de celle de la vie quotidienne et locale. Mais je suis tout de même persuadé qu'une méfiance, souvent infondée, continue malheureusement de persister entre les peuples. Elle est forcément causée par l'histoire, mais surtout alimentée par une peur de l'inconnu. Le monde n'est pas si dangereux qu'il en a l'air ! J'en suis maintenant convaincu.
 
Jardin de la paroisse (nord de l'Arménie)

Boisson au safran
 
    Je devais ensuite me rendre assez rapidement à Erevan, car un ami, Laïss, allait me rejoindre pour parcourir l'Arménie en auto-stop à mes côtés ! Après avoir passé une nuit à Gyumri, où j’ai installé mon bivouac sous les tribunes d’un stade de football pour me protéger de la pluie et des chiens errants, j’ai repris la route en direction de la capitale arménienne.
Sur le chemin, j’ai croisé de nombreux auto-stoppeurs locaux, généralement des personnes assez âgées (60-70 ans), ce qui m’a beaucoup surpris. J’ai particulièrement apprécié parcourir ces routes arméniennes, où les paysages changent radicalement en quelques dizaines de kilomètres seulement. Le nord du pays offre des collines verdoyantes et des forêts denses, tandis que le centre du pays laisse place à des reliefs plus ouverts, plus secs et avec peu d'arbres. Impressionnant !
 
Vue depuis l'intérieur d'une église à Gyurmi

Paysage depuis la vitre d'une voiture (route entre Gyurmi et Erevan)

    Durant quatre jours, Laïss et moi sommes restés à Erevan, où nous avons eu la chance d’être accueillis par un groupe de Français en stage en Arménie, rencontré quelques jours plus tôt en Géorgie. Ils ont eu la gentillesse de nous ouvrir les portes de leur logement atypique, en périphérie de la capitale. Quelle belle rencontre ! Merci pour votre accueil les gars, on se reverra !
Erevan a véritablement été un coup de cœur pour moi. L’architecture si particulière, façonnée avec la pierre volcanique locale, le tuf, qui donne une teinte orangée à toute la ville lors des couchers de soleil. La voix de Charles Aznavour, véritable fierté nationale, qui résonne dans toutes les rues. L'accès à des fontaines à eau potable tous les 100 mètres (ressource de plus en plus rare dans ce monde), et sans parler du mont Ararat dominant à l’horizon, avec son sommet constamment enneigé. 
J’ai également rencontré des personnes très accueillantes, qui ont pris le temps de me faire découvrir une partie de l’histoire et de la culture arméniennes. On entend souvent ici que les Français et les Arméniens sont des peuples amis. Les deux pays entretiennent des relations diplomatiques fortes, notamment à travers la diaspora arménienne en France ou encore par la reconnaissance du génocide arménien survenu au début du XXe siècle.
Erevan, merci pour ta joie, ton accueil et ta beauté. Cette ville m’a séduit, je reviendrai sans aucun doute.
 
Vue panoramique sur Erevan depuis le monument "la cascade"

Mosquée bleue de Erevan

Fresque murale à Erevan

    Toujours avec mon ami Laïss, nous avions entrepris de faire une randonnée sur le plus haut sommet d’Arménie, le mont Aragats. Pendant deux jours, nous avons alterné entre marche à plus de 3 800 mètres d’altitude, contemplation des paysages et bivouac sauvage. Alors que la canicule frappe ces derniers jours, nous avons eu le privilège de retrouver un peu de fraîcheur et de toucher de la neige au sommet.

Randonnée sur le mont Aragats

Camping sur le mont Aragats

Sommet (sud) du mont Aragats (3 879 m) avec mon ami Laïss

    En redescendant de cette montagne en auto-stop, nous avons fait la rencontre d’une famille arménienne extraordinaire qui nous a invité au restaurant. Un régal ! Cette même après-midi, de rencontres en rencontres, nous avons fini par être invités à partager plusieurs apéritifs, et même à monter à cheval chez des bergers croisés en chemin. Cette journée nous semblait presque irréelle. Des visages souriants, des poignées de mains chaleureuses et le plaisir de partager, d’échanger et de nous faire découvrir un peu de la culture locale, nous a beaucoup marqué.

Repas au restaurant avec une famille arménienne

Mes premières minutes en selle 

Mon ami Laïss en selle 

    Nous avons continué notre route en auto-stop vers l’Est du pays, avec pour objectif de rejoindre le lac Sevan. Comme depuis le début de cette aventure, j’ai toujours avec moi un sticker QR code que je distribue principalement aux conducteurs et aux conductrices qui me prennent dans leur véhicule. Il permet d’accéder directement à ce blog et donc de suivre la suite du périple à travers les différents articles. Il offre à toutes celles et ceux qui m'ont aidé sur la route la possibilité de découvrir leur contribution à ce projet, comme une manière de les remercier, car sans eux, cette aventure ne pourrait tout simplement pas exister. Quelle satisfaction de recevoir encore des messages de certains conducteurs et conductrices rencontrés les toutes premières semaines de cette aventure.

Une fois arrivés à Sevan, nous avons profité de ce lieu exceptionnel pour visiter les environs, mais aussi trouver un endroit magnifique où installer notre bivouac, au bord du lac.

Conducteurs arméniens très sympathiques

Sticker QR code pour le partage de mon blog

Monastère au bord du lac Sevan

Camping sauvage au bord du lac Sevan

    Il nous tardait de retrouver la Géorgie afin de poursuivre l'aventure. En traversant le nord de l'Arménie, nous sommes repassés par la paroisse où j'avais été accueilli quelques jours plus tôt. Après être réstés deux jours sur place, nous avons repris la route et rejoint assez facilement Tbilissi. Nous avons ensuite profité de nos trois jours derniers jours ensemble, dans la capitale géorgienne, logés dans une super auberge de jeunesse. Un peu de repos et de confort après 26 jours passés à dormir soit sous ma tente, soit chez l'habitant : un record personnel. 

Paysage magnifique sur la route du retour en Géorgie

Monument Chronique de la Géorgie à Tbilissi

    Le dernier pays du Caucase sur ma route aura été l'Azerbaïdjan. Malheureusement, je n'aurai pas eu l'occasion ici de faire de l'auto-stop. Les frontières terrestres sont fermées aux touristes étrangers, et le seul moyen pour moi d'entrer dans le pays était donc par les airs. Sans autre solution, j'ai dû me résoudre à prendre un avion (seule entorse à la règle de l'auto-stop du voyage) pour 50 ridicules minutes de vol entre Tbilissi, la capitale géorgienne, et Bakou, la capitale de l'Azerbaïdjan. J'avoue avoir été un peu déçu de ne pas pouvoir découvrir ce pays par la route, et donc avoir la chance de rencontrer ses habitants, mais c'est la règle du jeu. 

Je suis donc arrivé à Bakou le 21 juillet 2026. J'en ai profité, pendant deux jours, pour visiter cette ville étonnante, avec son développement spectaculaire, qui s'explique en grande partie par l'exploitation du pétrole et du gaz (1/3 du PIB). Bakou m'a donné l'impression d'une ville très propre, très sécurisée et très quadrillée, 
presque à l'excèsIl est très facile de se promener sur les grands boulevards, où s'enchainent les statues emblématiques, les centres commerciaux ultra-modernes et les imposants bâtiments de marbre. En revanche, il est bien plus difficile de sortir des sentiers battus et d'aller gratter sous cette surface superficielle pour découvrir une autre facette de la ville. Il s'agit d'un modèle urbain, mais aussi d'une offre touristique qui ne m'attire pas vraiment, mais j'ai tout de même trouvé intéressant de pouvoir découvrir tout cela de mes propres yeux.

Coeur de la ville de Bakou

Drapeau de l'Azerbaïdjan (mât à 191 mètres de hauteur)

Le stop me manque en Azerbaïdjan

    Pour conclure, les montagnes du Caucase abritent de véritables trésors : entre paysages à couper le souffle et une volonté sincère de faire découvrir la culture locale, cette région s'est montrée comme une véritable terre d'accueil. Après plus de 7 500 kilomètres parcourus en auto-stop depuis mon départ de France, une nouvelle page de ce périple est sur le point de s'ouvrir : celle de l'Asie centrale.  

L'aventure se poursuit vers l'Est. Pour rejoindre le Kazakhstan, je dois embarquer sur un ferry reliant Bakou au port d'Aktau, de l'autre côté de la mer Carpienne. Si les conditions sont favorables, la traversée devrait durer environ vingt-quatre heures. 

 

Quelques réflexions partagées :
 
    Un monde dangereux ? Je le crois, au contraire, profondément accueillant. Le début de ce voyage m'en avait déjà donné l'intuition, le Caucase me l'a confirmé.
Cette aventure me pousse à réfléchir à notre rapport face à l'inconnu, l'étranger. J'apprends, chaque jour de ce périple, qu'en avançant vers les autres avec de bonnes intentions, de la curiosité et de la confiance, on découvre une humanité bien différente de celle que nos peurs et nos stéréotypes nous laissent parfois imaginer. La réalité du monde dépend en grande partie du regard que l'on porte sur lui. Je n'ai pas la prétention d'apporter une réponse aux grands défis sociétaux, ni de détenir une quelconque vérité sur la paix. Je constate simplement qu'au fil de cette expérience, par la route, je rencontre une humanité faite de générosité, d'accueil et de simplicité, qui remet en question certaines idées que je pouvais avoir avant de partir. Alors, je vous écris simplement ces pensées.
 

J'aimerais enfin partager une histoire que l'on attribue souvent à Confucius (philosophe chinois) :  

Un voyageur marchait depuis l'aube. À l'entrée d'un village, il aperçut un vieux sage assis à l'ombre d'un arbre.
 
- Le soir tombe. Je voudrais me restaurer et me reposer. 
 
- Dis-moi si je puis m'arrêter dans ton village. 
 
 Le vieillard lui répondit par une question :
 
- D'où viens-tu ?  
 
- D'un pays lointain.  
 
- Comment étaient les gens avec toi ?  
 
- Hospitaliers et généreux. 
 
Le sage sourit et dit : 
 
- Tu peux aller dans mon village, il est bon. 
 
 Des jours plus tard, un autre voyageur s'arrêta auprès du vieux sage et lui dit : 
 
- Je suis fatigué et affamé. Je voudrais m'arrêter dans ton village. 
 
 Le vieillard lui demanda :  
 
- Là d'où tu viens, comment les gens t'ont-ils accueilli ?  
 
- Les femmes et les enfants m'ont lancé des pierres et les hommes ont lâché les chiens. 
 
 Le sage soupira et dit :  
 
- Continue dans la nuit. Évite mon village et les suivants. Tu n'y trouveras rien de bon.
 
 
 
 
 
Tristan Dufourt
 
26/07/2026